Dieu : l'être suprême

Devant les phénomènes naturels puissants, complexes, certains humains sont émerveillés. En contemplant les mécanismes qui ont permis l’apparition de tous les corps chimiques, l’émergence de la vie, l’évolution des êtres et des hommes, beaucoup ont senti le besoin de remercier, d’adorer, de manifester une adhésion.

 

En cela une religiosité vis à vis de la nature et de la vie naît dans le cœur de beaucoup d’humains.

 

A ce sentiment d’adoration s’en ajoute d’autres qui témoignent plutôt d’exigences de sécurité,  de certitude. Face à la mort, à la douleur, à la difficulté de comprendre, certains humains veulent qu’on leur donne du monde une image facile à assimiler, des codes de vie partagés avec leurs proches …

 

Les religions arrivent alors pour satisfaire ce désir. Des petits groupes leaders apportent sous formes de textes, de récits, des histoires dont on peut tirer des préceptes moraux, des explications invérifiables qu’on ne peut que croire, puisque nier redonnerait l’angoisse de la non réponse aux questions.

 

Donc à ce monde qui semble, au regard naïf, réglé comme une horloge, on attribue un horloger : Dieu !

 

Pourquoi un Dieu plutôt que des Dieux ?  L’histoire des hommes est remplie des histoires des Dieux. Imaginer un seul Dieu par religion semble plus efficace dans la conduite des hommes.

 

Mais en différents points du monde, différentes religions se sont développées, avec leurs cosmogonies, leurs règles morales et leurs rites propres. Elles ont structuré des groupes humains séparés les uns des autres, s’ignorant les uns les autres, se tolérant ou s’affrontant.

 

 De nos jours tous les hommes sont mêlés et les religions sont des facteurs d’opposition entre les groupes qui sont prêts à s’affronter les armes en main.

 

 

Impossible de déterminer un Dieu qui convienne à tous les humains. Mais a-t-on vraiment besoin, pour lire l’heure à la montre, de concevoir un horloger ?

 

Il y a peut-être d’autres univers que le nôtre, d’autres espaces ou d’autres temps et qui nous sont sans doute inaccessibles. A quoi cela sert-il de se chamailler pour savoir s’il existe un  Dieu ou des Dieux, s’ils s’entendent entre eux ou se querellent ?

 

Ce qui est certain c’est que nul Dieu n’utilise de moyens efficaces et indéniables pour s’adresser aux humains et les mettre d’accord entre eux, au sujet de son existence  ou de son dessein.

 

Peut-on qualifier d’intelligent un Dieu  qui ne parlerait aux oreilles que d’un seul homme à la fois, lui confierait, sans témoins, une pierre gravée, lui donnerait, sans témoins encore, un droit de propriété sur une terre destinée à un peuple particulier ?

 

 Et de bien meilleures histoires encore, alors qu’il serait si simple, à ce Dieu parlant, de s’adresser aux humains par la télévision, aux heures de grande écoute ?

 

Le simple bon sens -  qui n’est pas la chose la mieux partagée au monde - suffirait à écarter ces calembredaines.

 

 

On peut admettre qu’un processus, difficile à déterminer sans efforts scientifiques, préside à l’évolution du monde. Des théories scientifiques proposent des modèles, les affinent, les réfutent et, sans donner de certitude absolue, permettent d’avancer dans la compréhension de ce monde, où nous vivons et mourons.

 

Comment parvenir, en étudiant notre univers, à en percevoir le sens ?  La réponse à nos questions est de plus en plus pertinente mais elle n’aura jamais de fin.

 

Travaillons à satisfaire à cette devise qui sert de support à ce site : amour ; bien-être, lucidité.

 

Le mot Abel qui la résume contient suffisamment de dynamisme. Chaque initiale représente un mot interprétable, discutable, mais il se pourrait que ces mots contiennent l’essentiel suffisant pour orienter une vie.

 

Car le mot Dieu, n’est qu’un panneau fléché pour orienter ceux qui souffrent de n’avoir nulle direction à suivre. Quelle stupidité que d’embrasser le panneau et de chercher à lui rendre un culte !

 

 

Est-il si important de savoir si un projet, un plan, ont présidé à l'origine du monde ? L’essentiel n'est-il pas de déterminer en quoi les lois naturelles donnent un sens à l'évolution de l'univers et de la vie ?

N'est-ce pas suffisant pour élaborer une morale, une conduite qui perpétue l'évolution et peut-être nous y engage comme acteurs responsables ?

Et si notre planète a besoin qu'on la protège, qu'on harmonise certains phénomènes, ne vaut-il pas mieux analyser plus encore les lois naturelles, plutôt que de s'embourber dans les querelles que suscitent toutes les religions entre elles ?
 

Plutôt organiser le monde pour plus d’amour, de bien-être, de lucidité. Voilà bien de quoi occuper des vies entières.

 

 S’il faut des rites, des rassemblements, pour que les hommes s’interrogent et cherchent un monde meilleur, à quoi bon des rituels manipulateurs d’inconscient, des pratiques qui créent  addiction et dépendance ?

 

 Pourquoi ne pas rendre habituels, voire rituels, de petits groupes de paroles, sans leaders religieux ou politiques ? Se structurer en réseaux auto gérés afin de réfléchir, de confronter des points de vue : un relationnisme librement construit. Cela n’interdit pas que chacun participe à des réunions politiques ou religieuses dès lors qu’on peut, auparavant, réfléchir hors de telles structures.

 

 

Si la nature nous a doté d’un cerveau performant ce n’est peut-être pas pour que nous nous abandonnions à la crédulité et à la superstition.

 

Et le plus grand blasphème vis-à-vis d’un Dieu éventuel ne serait-il pas de mentir sur son compte, au point de lui attribuer le pouvoir de parler, d’écrire aux hommes ?

 

 Figer toutes les conduites humaines dans des dogmes intangibles ne serait-il pas l’offense suprême envers ce principe, ce processus qui n’a de cesse de faire évoluer le monde ?

 

Chercher Dieu est peut-être une puissante motivation pour les hommes. Prétendre l’avoir trouvé et avoir reçu de lui un message à transmettre est bien le blasphème suprême.

 

 

Dieu vu par un philosophe : Spinoza

 

 

            Dieu : Dieu est cette substance infinie et éternelle qui est à elle-même sa propre cause. Et par là Dieu est toute la Nature,  (Ethique I ) non pas seulement l’ensemble des modes “ naturés “ qu’étudie la science expérimentale, mais la “ Nature naturante “, c’est-à-dire la Nature réellement auto-productrice. Parmi l’infinité de ses attributs, nous n’en connaissons que deux : l’étendue corporelle ou matière, et la pensée. Et nous sommes partie de ces attributs.

 

      Si ainsi nous portons en nous une parcelle de la substance divine, il ne peut y avoir ni mal, ni mort : il n’y a que des limitations, des insuffisances, des restrictions. Nos passions ne sont que des affections confuses dont nous pouvons essayer de prendre une connaissance adéquate, pour qu’elles cessent de nous faire pâtir.

 

        Ainsi l’idée de soumission à un Dieu providentiel, est en fait une passion qui nous limite dans notre désir de connaître et de créer et surtout nous fait flotter sans cesse entre l’espérance et la crainte.

 

   Ainsi l’idée d’immortalité n’est que l’image restreinte du désir d’éternité. Or ce désir est vain,  si nous sommes capables d’expérimenter en notre vie des parcelles d’éternité, par la joie, l’amour créatif, la connaissance, les liens avec autrui, la générosité : toutes passions bonnes qui nous font agir. Cette ferveur qui nous lie à autrui, forme cet “ amour intellectuel de Dieu “, la connaissance du troisième genre par laquelle nous allons plus loin que la connaissances des causes et des relations. Nous atteignons la connaissance de la particularité de chaque chose, de chaque être,  “ sous l’angle de l’éternité “ . “ Nous sentons et nous expérimentons  que nous sommes éternels “. C’est la vraie dévotion, la religion de l’esprit, non pas celle qui isole l’individu en lui-même dans sa forteresse intérieure, mais celle qui relie l’individu aux autres, et au tout de l’être de la nature. Cette vraie religion spirituelle lui fait sentir à la fois le morcellement de l’être et son unité. Elle lui fait par là respecter à la fois l’univers auquel il appartient et ces êtres précieux qui en ont conscience et qui s’appellent des hommes.

 

Freud et religion :

 

L’avenir d’une illusion Hatier/poche page 92 :

……….

 Si la névrose ne dénie pas la réalité et veut seulement ne rien savoir d’elle, la psychose s’en sépare et la remplace par le «  délire ». Religion, névrose et psychose sont à divers degrés des tentatives de fuir une réalité insupportable. Ordinairement, ce type de réaction rend asocial. Or, dans le cas de la religion, on a affaire à un « délire de masse » par lequel les hommes tentent «  en commun » de se créer une assurance sur le bonheur et une protection contre la souffrance. C’est un avantage unique mais de taille : abandonné à lui-même, le névrosé doit se créer un monde fantasmatique qui le met en bute à l’incompréhension des autres, alors que le croyant trouve le « soulagement » de l’intégration à une communauté et d’un matériel symbolique prêt à l’emploi : l’adoption de la névrose collective permet de s’épargner la formation d’une névrose personnelle. Il ne faut donc pas s’étonner, dit Freud, de  « l’augmentation extraordinaire des névroses » en Europe depuis que la religion y décline, mais plutôt du caractère collectif du phénomène religieux.

 

Pour le comprendre, il faut analyser «  l’univers religieux », qui tient en trois points : la doctrine satisfait la curiosité des hommes concernant l’origine ( -Glossaire, p.121) de l’univers ; elle les console  en les assurant d’une providence et d’une vie future ; elle prescrit des devoirs et formule des interdictions, avec récompense ou châtiment à la clé. Ces trois fonctions convergent vers l’affirmation de l’existence d’un être semblable à l’homme mais en tout point plus grand, plus puissant, plus sage : Dieu est « une sorte de surhomme idéalisé » dans lequel il n’est pas difficile d’identifier l’image du père tel qu’il est apparu jadis au petit enfant  «  Le Dieu personnel n’est psychologiquement rien d’autre qu’un père porté aux nues », « un père exalté jusqu’au grandiose ».

 

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