Esprit

Avoir de l’esprit, perdre l’esprit, reprendre ses esprits, croire à l’influence de l’esprit d’un mort, obéir à la volonté du Grand Esprit, du Saint Esprit. Que devient notre esprit durant un coma ? Après la mort, peut-il se réincarner ? Dans quel état notre esprit se réincarnerait-il ? - celui de l’heure de notre mort, de notre enfance, du meilleur de toutes ces périodes ? Qu’en penserait un colloque de grands esprits jugeant du sérieux de la métempsychose ou autres souvenirs de vies antérieures ?

Esprit où es-tu, qui es-tu, que fais-tu ?

- : je me cherche une définition !

 



Dans  VOCABULAIRE DE PHILOSOPHIE (de L-M Morfaux chez Armand COLIN), voici quelques indications :

- principe de la pensée, opposé dans l’homme à son corps, à la matière, à la vie et à la nature en général

- Synonyme d’intelligence, de volonté

- opposé à la chair

- Biologie : esprit des animaux (Descartes) : sorte de vent très subtil - constitué par les plus petites parties du sang, etc.

-chez Hegel : l’Esprit, absolument premier, est la vérité de la nature, l’Idée parvenue à son-être-pour-soi ...

-Théologie : désigne des êtres immatériels conçus comme doués de pensée et de vie spirituelle, Dieu, les anges, les démons

-spiritisme : Ames désincarnées, en particulier des défunts ... !!!

Pas très facile d’imaginer l’esprit !

 

Proposition à discuter :

 

- Convenons : a un esprit tout système apte à traiter des informations, selon un plan qui lui est propre, fruit de connexions internes. Le résultat peut, ou non, se manifester à l’extérieur du système, par des actions adéquates à la finalité de ce système.

Quand ce système est détruit, que ce soit une plante, un cerveau animal ou humain, un ordinateur , une forêt ou une fourmilière, l’esprit attaché à ce système est également détruit.

 L’esprit, c’est l’aptitude d’un système à appliquer à des informations reçues, un traitement adapté à ses possibilités et à son programme.

Est donc doté d’un esprit (pas une chose, mais une aptitude !) tout système capable de réagir de façon construite, selon une certaine logique, à une information.

Est information, pour un système donné, tout évènement susceptible de déclencher des séries de réactions internes, selon l’influence logique de divers facteurs, et aboutissant à une modification plus ou moins importante dans l’organisation de ce système.

- Un rayon de soleil, une goutte de pluie, sont des évènements susceptibles de modifier l’ouverture d’une fleur : en cela ce sont des informations pour la fleur. Puisqu’une plante a un mécanisme apte à percevoir et à  déterminer un comportement adapté, cette plante a un esprit. Par convention !

- A la seule vue de son maître mettant un chapeau, tel chien court chercher sa laisse car il prévoit une sortie : en cela il manifeste qu’il est doté d’un esprit, son cerveau a traité des informations qui l’ont amené à anticiper une action.

- La pensée résulte de la série d’évènements qui, à partir d’un déclic, met en marche la dépolarisation d’un certain nombre de neurones, avec échanges de neuromédiateurs. Parfois cet influx anime le système musculaire, circulatoire, digestif, etc., jusqu’à déclencher un acte visible ou non de l’extérieur. Ceci pour un animal ou un humain.

- L’information, pour une plante, entraîne des modifications de cellules qui ne sont pas des neurones, mais cela constitue néanmoins une cascade d’évènements en réseaux.

Par analogie, on pourrait comparer la trace visible d’une pensée, dans le réseau neuronal d’un cerveau, au film représentant un instant de la circulation dans un noeud routier. D’un tel film, nous ne saurions deviner la signification de ces pensées, lesquelles, par exemple, résultent de courants neuronaux dans le cerveau d’un rêveur endormi (doté donc d’un esprit).

Cependant certains appareillages permettent de percevoir le travail des cellules de n’importe quel être vivant. Nous déduisons qu’il y a pensées ou esprit suite à échanges d’informations entre des cellules, et surtout si nous constatons une action extérieure adaptée, résultant de ce travail. (Feuille qui se déplie, animal qui se gratte, humain allumant son ordinateur.)

L’esprit émane de cellules qui échangent entre elles (des molécules ou des particules ionisées) ou d’entités individuelles concourant à décision d’un ensemble. (Chaque fourmi concourt à l’esprit de la fourmilière)

Exemples illustrant ce qu’est cette conception de l’esprit :

Exemple : Tel acacia dégage une odeur suite à l’action d’ un insecte piqueur et suceur de sève : information reçue par une feuille et suivie d’un acte : sécrétion. Aussitôt, sensibles à l’odeur de leur voisin piqué, les autres arbres émettent, collectivement, une telle odeur, anticipant ainsi sur l’arrivée de l’insecte ... qui s’en ira sans piquer. Donc, un acacia à lui seul détermine une action de toute la forêt d’acacias.

Selon cette définition de ce qu’est l’esprit, le premier acacia, puis toute la forêt d’acacias, témoignent de leur dotation d’un esprit.

Par extension au plus grand ensemble matériel qui se puisse concevoir : l’univers tout entier qui se modifie par l’influence réciproque de ses parties - et cela pour une évolution globale qui ne semble pas dénuée de sens - nous attribuons un esprit à l’univers.

 

 Univers qui apparaît comme un ensemble vivant, puisque évoluant selon des lois, selon l’apparition d’évènements (rencontre d’une comète et d’une planète, réactions chimiques dans un nuages de poussières, etc.) donc traitant des informations internes. Dieu : le grand programmateur autoprogrammé, le concept théologique cité plus haut, le Grand Esprit.

La complexité de certains mécanismes économiques, sociaux, humains- lesquels semblaient avoir une logique interne trop imprévisible de l’extérieur- conduisit à personnifier, à attribuer un esprit à divers mécanismes, à diviniser : dieu du commerce, dieu de la guerre, dieu de la fécondité ...

L’esprit est tellement lié à la personne, il est tellement difficile de l’accepter comme aptitude d’un système matériel, que l’on a distingué esprit et matière comme deux entités séparées et opposées. Certains évoquent l’esprit d’un mort, alors que l'esprit - aptitude du corps en fonction - ne peut être alloué qu'à un organisme vivant.

La difficulté d’accepter la vraie nature de l’esprit vient sans doute - outre de l’ignorance - de la souffrance qu’on éprouve à l’idée de notre disparition. En séparant un esprit de l’organisme dont il émane, on s’accroche à la permanence d’un concept abstrait qui survivrait à l’évidente désagrégation matérielle d’un être.

La peur d’une souffrance dans un au-delà de la mort, l’espoir de plaisirs éternels, conditionnent bien des conduites. Cela détermine le soin à embaumer un cadavre ou à nier sa décomposition en le cachant dans la terre. L’intérêt d’en garder l’intégrité, dans l’espoir d’une résurrection, témoigne de la faiblesse mentale du commun des mortels et de la rouerie (ou du mensonge compatissant) de ceux qui l’exploitent.

L’esprit humain (ou animal) est un ensemble de qualités, de possibilités, résultant du fonctionnement d’un cerveau ou de noeuds neuronaux. C’est une communauté d'aptitudes composée d’une infinité de services, tous liés à des groupes de neurones spécialisés dans certaines tâches.

Voici une présentation éclairante de Marvin Minsky, dans son ouvrage : La société de l’Esprit - InterEditions

" Prologue

De bonnes théories de l’esprit doivent disposer d’au moins trois vitesses d’explication : une lente, pour parcourir les milliards d’années au cours desquelles notre cerveau a évolué ; une rapide, pour les semaines et les années fugitives de notre enfance ; et une intermédiaire pour les siècles de développement de nos idées tout au long de l’histoire.

Pour pouvoir expliquer l’esprit, il nous faut montrer comment il est construit à partir d’une matière dénuée d’esprit, de parties bien plus petites et plus simples que tout ce que nous pourrions qualifier d’intelligent. Il faut absolument expliquer l’esprit à partir d’éléments n’ayant pas de pensées ni de sentiments autonomes, sans quoi nous tournerons en rond. Mais que peuvent être ces particules plus simples, ces " agents " composant notre esprit ? C’est bien là le sujet de ce livre. Essayons donc de circonscrire notre tâche. Il nous faut répondre à un grand nombre de questions.

Fonction : Comment les agents travaillent-ils ?

Matérialisation : De quoi sont-ils faits ?

Interaction : Comment communiquent-ils ?

Origine : D’où viennent les premiers agents ?

Hérédité : Naissons-nous tous avec les mêmes agents ?

Apprentissage : Comment fabriquons-nous de nouveaux agents et remplaçons nous les anciens ?

Nature : Quels sont les agents les plus importants ?

Autorité : Que se passe-t-il lorsque les agents sont en désaccord ?

Intention : Comment de tels réseaux peuvent-ils vouloir ou désirer ?

Compétence : Comment des groupes d’agents peuvent-ils faire ce que des agents séparés ne peuvent pas faire ?

Identité : Qu’est-ce qui leur donne une unité ou une personnalité ?

Signification : Comment peuvent-ils comprendre quoi que ce soit ?

Sensibilité : Comment peuvent-ils avoir des sensations ou des émotions ?

Conscience : Comment peuvent-ils être conscients de leur environnement ou d’eux-mêmes ?

Comment une théorie de l’esprit pourrait-elle expliquer tout cela alors que chaque question paraît déjà trop complexe ? Elles semblent en effet toutes difficiles quand on les isole les unes des autres. Mais une fois que vous verrez l’esprit comme une société d’agents, chaque réponse éclairera le reste. "

Que ceux qui cherchent à définir l’esprit achètent et lisent ce livre.

Cet éclairage vaut bien celui de tous les philosophes d’avant le XXI° siècle, lesquels ignoraient la biologie, l’embryologie, l’électronique et l’informatique, et ne s’étaient jamais confrontés à la recherche de machines dotées d’une forme d’intelligence, dite Intelligence Artificielle.

Bien sûr, en ce domaine, la recherche est difficile et les résultats limités. Les machines ne peuvent avoir la complexité et la souplesse du vivant (du moins jusqu’à présent), elles n’ont pas emmagasiné ces programmes qui ont nécessité des milliers d’années chez les humains.

La quête d’intelligence artificielle oblige à approfondir la notion d’esprit, de pensées, de mémoire, de centres décisionnels, etc.

La connaissance objective de l’esprit et de l’univers est sans limites. Ce peut-être un programme pour tout ce qui possède un esprit.

 

Esprit, un sujet de discussion !

 

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