Chapitre 4 : Bal des clones
Sindy entraînait Steff dans les dédales des boyaux transporteurs. Elle avait la maîtrise des itinéraires et il lui faisait confiance pour occuper les heures à venir.

Il arriva qu’à un embranchement ils dussent accepter la présence d’un couple relativement âgé. Très courtoisement ils lièrent conversation, laquelle porta principalement sur les études faites par le voyageur. Le vieil homme semblait passionné par la biologie végétale et il avoua à Steff qu’il enviait la diversité sauvage dont leur univers artificiel les privait.

Le couple ayant changé de cabine, Steff interrogea sa compagne quant à l’âge réel de ces personnes auxquelles il donnait soixante ans.

                
- Ils en ont le double, au moins. Mais tu peux apprécier notre état de conservation.

Steff n’osa pas demander quel âge avait Sindy, il se contenta de cerner le mystère.

- Quel est donc votre secret ?

- Notre environnement, notre nourriture, notre style de vie.

- C’est-à-dire ?

- Notre atmosphère est rigoureusement stable en température, composition gazeuse ou ionique. Les microbes qui vous atteignent sont dominés, et crois bien que tu as fait l’objet d’analyses minutieuses.

- Aucun effort à faire donc !

- Ne crois pas cela, si nos habitudes de vie nous font oublier la contrainte, il n’en reste pas moins que nous sommes vigilants et actifs. Tu as pu apprécier la place des appareils gymniques dans les appartements, mais peut-être ne devines-tu pas à quel point notre vie sociale nous garde dynamiques. Nos études n’ont jamais de fin, notre soif d’échanges est insatiable.

- Vous ne connaissez pas la décrépitude du grand âge ?

- Le grand âge, oui, mais pas la décrépitude, car nous mettons fin à nos vies quand le moment nous semble arrivé.

Ils évoquèrent les ultimes structures d’accueil, ces hôtels des derniers instants, où les amis du postulant à l’extinction se réunissaient. On s’entourait d’amitié, de confort.

Sindy décrivit la mort d’un de ses proches.

 Une cérémonie solennelle, dans un décor fantastique de musique et d’images, marquait le départ. Allongé dans une cabine vitrée, anesthésié, le candidat s’endormait du dernier sommeil, sans avoir conscience du produit qui mettait fin à ses processus vitaux. La crémation avait lieu immédiatement après, tandis que les assistants à la cérémonie écoutaient un message préalablement enregistré, à leur intention, par le défunt.

Sindy proposa même une visite à un centre mortuaire. Elle eut beau protester devant le regard attristé de Steff et chercher à le convaincre de la beauté d’un tel acte, elle sentit qu’un refus prenait forme. Pas question de rompre le charme, de retirer au voyageur sa disponibilité acceptante.

Elle se ravisa.

- Tu veux voir comme les vieux et les jeunes se mêlent bien et savent vivre ensemble ?

Déjà, il respira mieux.

- Alors je te montrerai des êtres âgés de plusieurs siècles, dansant au milieu de nous.

- Oh ! oh !

- Chouette, j’ai le programme qu’il te faut !

Le trajet parut bref, personne ne se joignit à eux. Steff regretta même que le but soit atteint si rapidement.


En pénétrant sur une aire citadine où la population vaquait nombreuse, Sindy annonça :

- Je t’invite au bal des clones, nous louerons des costumes à l’entrée.

- Au bal des clowns, je ne sais pas si je serai à la hauteur ?

- Mais non, des clones ! Tu connais ? Quand même ! Je crois que vous pratiquez le clonage dans le domaine des végétaux et des animaux.

- Parce que vous acceptez ce mode de reproduction ? Nos lois nous l’ interdisent.

- Vous êtes des primitifs, fit-elle en plaisantant. Rassures-toi, tu as bien vu que Lovella ne t’a fait subir aucun prélèvement qui puisse te choquer. Non, ici nous ne sommes pas clonés. Pourtant nous avons un contact permanent avec des voyageurs interplanétaires qui n’ont pas d’autres moyens de reproduction.

- Fantastique !

Mais une porte coulissante s’ouvrait et il allait vers une autre découverte.

Elle l’entraîna dans une cabine où ils s’enfermèrent. Elle se dévêtit et lui demanda de l’imiter. Il s’agissait d’abord de choisir des vêtements adaptés à leur taille et en fonction du catalogue offert par un écran vidéo.

Un article coché, une caméra filmait Steff et sur l’image, il apparaissait revêtu du vêtement choisi. Sindy opta pour un ensemble transparent qui ne dissimulait rien de son corps mais en exaltait la beauté. Pudique, Steff choisit la discrétion, du moins au niveau de ses parties (nobles selon elle, honteuses d’après lui).

Il redoutait de ne pas pouvoir dominer son émotion à danser avec Sindy. Leurs tenues parvinrent dans leur cabine par quelque cheminement pneumatique. Ils s’apprêtèrent et rejoignirent la salle collective.

Dès l’entrée, le premier regard de Steff fut pour les clones dansants.

La musique n’avait rien de lascif, plutôt un rythme à deux temps, une sorte de marche, un air de folklore campagnard. Tout était réglé car les danseurs se faisaient face, tournaient sur eux-mêmes, décrivaient un cercle collectif en forme de farandole. Mais là, surprise ???

Une douzaine de danseurs avaient une apparence étrangère qui n’était pas due à leurs tenues. Ces êtres ne mesuraient pas plus de quatre-vingt-dix centimètres et avaient une énorme tête posée sur un corps malingre, aux membres vifs bien que d’apparence fragile. Leurs pas semblaient contenus, comme si malgré le respect de la cadence, ils imprimaient une sorte de ralenti. L’ensemble était harmonieux et pourtant quelque chose clochait !

- Qui sont ces gnomes ?

- Ce sont les clones que je t’ai promis.

- Mais quelle idée, vos éprouvettes n’ont rien produit de mieux ?

- Ils ne sont pas de notre monde, ni de nos éprouvettes ! Et sont mieux que tu ne penses : de fantastiques savants. Et quelle gentillesse ! Tu leur parleras, si tu le souhaites.

- Je n’oserai pas leur donner l’accolade.

- Ne crains rien, tout contact physique avec eux est impossible.

- Pourquoi cela ?

- Ils ne sont parmi nous que virtuellement. En réalité ils sont à des milliers de kilomètres d’ici. Dans leur astronef, ils sont filmés, comme le sont les danseurs de cette salle, et projetés holographiquement.

- Quel artifice !

- Peut-être, mais ce cérémonial a pour effet de nous garder ensemble, affectivement. Cette illusion de nous côtoyer, a valeur socialisante. Ils sont moins seuls et pour nous, c’est une sorte d’intégration.

 Nous aussi vivons de symboles !

A l’issue de la danse, après que la salle eût applaudi, un couple formé d’un gnome et d’une jeune femme fit mine de s’étreindre. On les vit, un instant, côte à côte, se dirigeant vers une cabine. Le gnome disparut et la jeune femme entra en fermant la porte derrière elle.

- Ces deux-là vont se parler intimement. Ils seront en liaison orale et holographique, mais en privé, dit Sindy. Veux-tu assister à un échange public et leur parler ? Nous viendrons danser ensuite.

Dans une salle voisine, autour d’un cercle matérialisé par des sièges, des clones et des humains parlaient entre eux. Un distributeur de paroles faisait en sorte qu’une seule personne s’exprimât. Nulle interruption, nul désordre. Là encore, les gnomes étaient virtuels ainsi que devaient l’être les humains, dans un cercle semblable, en quelque compartiment d’un astronef.

La conversation portait sur la génétique, sur l’éducation, ou plus exactement sur le fonctionnement psychique des humains et la nature de l’esprit. Souvent les clones répondaient à des interrogations. Ils semblaient avoir réponse à tout et s’exprimaient avec un sourire d’une ineffable bonté. L’éclat de leur regard était si impressionnant, la densité de leurs propos si évidente, que Steff se sentit dépassé.

- Allons plutôt danser, demanda-t-il. Tu me parleras de cela après.

Ils rejoignirent la piste.

Etrangement, mais sans doute pour des raisons techniques de transmission, les danseurs se trouvaient séparés par groupes d’origine. Des zones colorées leur étaient assignées. Il y avait des carrés bleus où les clones se mêlaient, des carrés jaunes pour les hommes et les femmes. Le damier de ces carrés faisait en sorte que les groupes, homogènes, fussent imbriqués et recréassent une collectivité.

Sindy entraîna son cavalier. Tantôt ils se rapprochaient, se donnaient la main ou s’exprimaient en toute individualité. Un moment, Steff, pris par la musique, fut séparé de Sindy. Il fit face à un être de l’espace, suffisamment longtemps pour échanger un sourire. Rien dans le corps de l’autre n’aurait pu le séduire et pourtant une petite corde vibra en lui, tout de sympathie : il se dit que son vis à vis était une femme, et il sentit que son propre visage se modelait pour un message amical. Le mouvement l’emporta. Au coin de son carré jaune, il passa dans un autre carré, côtoya d’autres danseuses, humaines ou gnomiques. Mais sa cavalière veillait et elle le récupéra, peu avant la fin de la danse.

Ils sirotèrent une boisson revitalisante, se donnèrent du plaisir à la danse et eurent le besoin de se reposer. Elle l’amena à l’extérieur, dans un lieu à dominante végétale. Un banc les accueillit où la pénombre douce les enveloppa. Il régnait une atmosphère sereine, tempérée comme à l’intérieur, mais le silence offrait plus de confort à leur conversation.

- Quel rapport avez-vous exactement avec ces gnomes ? demanda Steff.

- Ce sont des amis, tant leur bienveillance à notre égard semble indéfectible. Ce sont aussi des maîtres, car leur savoir est immense et nous avons recours à leurs conseils, dans bien des domaines. Grâce à eux nous pouvons échanger des messages avec des êtres à tout jamais éloignés de nous.

- De qui veux-tu parler ?

- Les clones sont des voyageurs interstellaires. Ils ne quittent jamais leurs planètes creuses qui sont d’immenses astronefs. Parfois dans des vaisseaux spatiaux plus modestes, mais gigantesque à notre échelle de technicité, ils se rapprochent d’une planète et ont des échanges d’idées avec les habitants, pour peu que ceux-ci soient suffisamment avancés, notamment dans le domaine des communications radio.

- Comment est-ce possible ?

- Ils détectent les ondes hertziennes qui rayonnent hors d’une planète lorsque celle-ci les utilise pour ses communications. Alors que des satellites artificiels servent de relais au transfert d’informations, ils interceptent les messages et les décode. A partir des images, des écrits, des sons véhiculés, ils parviennent à apprendre les langages de ceux qu’ils observent.

- Si leur intelligence est à la mesure de leur grosse tête, ils doivent être performants ?

- Ils le sont. Très avancés en toutes sortes de techniques, ils peuvent aider à résoudre des problèmes, s’ils les jugent compatibles avec l’avancée de la civilisation locale.

- De quelle avancée parles-tu ?

- Pas loin d’ici, ils ont refusé de confier un savoir technique, qui vu le niveau social des  populations, aurait été utilisé à des fins guerrières et meurtrières.

 

- Eux-mêmes n’ont pas de visées conquérantes ?

- Ils sont trop particuliers pour occuper d’autres mondes que le leur. C’est à l’apesanteur qu’ils doivent certaines de leurs caractéristiques. Leurs astéroïdes creux et tournoyants recréent une gravité artificielle, mais de très faible attraction. Ils ne supporteraient pas facilement de poser le pied sur une planète réelle et assez gravifique pour retenir une atmosphère. En outre leur constitution n’a rien de naturelle et ils redoutent tout microbe, tout élément perturbateur.

- Ils ne font qu’échanger des idées !

- Non, ils peuvent échanger des objets, lorsque toute communication est impossible. Toutefois cela n’est possible qu’en perdant de la matière qu’ils récupèrent sur de planètes ou des astéroïdes, grâce à des robots. Et là encore ils sont experts, crois-moi.

- Au fait, pourquoi sont-ils des clones ?

- Artificiels comme ce n’est pas possible ! Ils furent créés, il y a des temps infinis, par des êtres planétaires qui voulaient des agents susceptibles d’évoluer en apesanteur. Peu à peu leur retour fut si pénible qu’on décida de les faire se reproduire dans l’espace. Cela conduisit à des gestations hors des organismes naturels.

 Il arriva que ces êtres fussent autonomes et très performants au point de constituer un peuple. Grands voyageurs, ils découvrirent toute espèce de formes vivantes et ayant maîtrisé les techniques de manipulations génétiques, ils se donnèrent les formes les mieux adaptées à leur monde.

- Il est vrai que cela n’a rien d’inconcevable. A notre époque, nous saurions presque en faire autant sur la terre. Est-ce pour cela qu’ils communiquent avec nous, parce que nous approchons de leur niveau de connaissance ?

- Nous en sommes bien loin ! D’ailleurs rien ne dit qu’ils ne soient pas intervenus plus tôt. Ce qu’ils affirment.

- Mais pas avant que nous ayons rayonné des ondes radio ?

- Si, par leurs robots, ils peuvent susciter des spectacles exaltants pour des populations primitives qui se poseront des questions et dilateront leur imaginaire.

Que des pierres lourdes aient été  dressées en un ordre artificiel troublant, face à des êtres pensants et parlants de notre préhistoire, aurait pu suffire à provoquer une imitation, en forme d’exploit. Des regroupements coordonnés d’humains - l’union fait la force – ont cherché à accomplir la même prouesse.

 

Qu’une colonne d’acier, parfaitement cylindrique, de plusieurs mètres de long, apparaisse dans une communauté de l’âge du bronze, et les artisans auront activé leurs recherches.

Ce qui expliquerait quelques bizarreries anachroniques !

 

 On dit même qu’ils peuvent donner à des robots la forme des êtres avec qui ils veulent communiquer, en face à face. De courts messages ont été rapportés par des habitants de ton monde, lesquels étaient fort étonnés de voir des « êtres de l’espace » leur ressemblant et leur parlant dans leur propre langue ! 

- Et quel intérêt ont-ils de nous approcher ?


- Il semble qu’ils en aient plusieurs. S’ils enseignent parfois, il est évident qu’ils découvrent et apprennent sans cesse. Il existe tant de possibles !

- Mais pour enseigner quoi ?

- Le maître conduit le disciple qui parfois expérimente hors de ce que connaît son maître. Ce dernier profite du tâtonnement de l’élève. En outre leur environnement, leur nature, ne permettent pas certaines expériences : notre monde est un laboratoire dont ils apprennent.

- Mais tu dis qu’ils sont incommensurablement plus avancés que nous.

- Disons qu’ils ont, en outre, des motivations spiritualistes. Je veux dire que leurs conceptions du monde et de la vie les engagent à agir.

- Mon scepticisme me démange de leur poser directement une question.

- Rejoignons leur cercle, dit-elle.

De retour dans la salle d’échanges, Sindy s’adressa à voix basse au distributeur de parole. Celui-ci frappa dans ses mains dès qu’un intervenant eut terminé son propos et il introduisit Steff dans la conversation :

- Un ami voyageur voudrait formuler une interrogation, je lui donne la parole.

Steff fut bref.

- Je découvre les êtres de l’espace et m’interroge au sujet de leurs motivations. Qu’est ce qui les pousse à nouer des contacts, profitables aux êtres des planètes rencontrées ?

Un gnome s’adressa à lui :

- Mon ami, crois bien que ta présence ici témoigne de tes qualité missionnaires, même si tu ne poses pas de question à ce sujet. Je vais te répondre avec d’autant plus de plaisir que tu es pour nous un investissement.

Tu es animé, comme tous les êtres, entre plaisir et souffrance. Pour échapper à celle-ci, pas de meilleur moyen que la connaissance de la nature des choses, le développement des consciences. Et plus encore : toi, moi, tous, sommes de même source. Nous croyons en une force primordiale qui cherche, au travers des êtres qu’elle engendre, à se connaître elle-même. Nous sommes des parties du tout originel et sommes solidaires de son aventure.

Pour faire bref, cherche, dans vos mémoires, des renseignements sur Bouddha et tu auras une part de réponse à ta question. Tu essaieras de dégager, de cette philosophie, les principes de base. Dépouille-les de ce que les religieux bouddhistes y ont malheureusement accolé. Alors tu comprendras.

Au-delà de la vie éphémère de chaque être, dans quelque univers que ce soit, agit la force primordiale. Elle cherche à se doter de la meilleure conscience qui lui permette de se comprendre elle-même. La compassion envers ceux qui sont moins avancés n’est que pulsion solidaire et fraternelle. La force s’est longtemps manifestée par une création hasardeuse, selon le cours des causes et des effets. Quand la conscience est développée chez les êtres engendrés, l’action peut échapper au pur hasard. Nous participons à cette domination du hasard en organisant ce qui peut conduire à plus de conscience de l’univers, des univers, où s’exerce une seule et même force.

Terminé pour moi.

Le distributeur de parole demanda à Steff si cela lui convenait. Steff, peu habitué à cette forme de communication, remercia. Les échanges continuèrent ainsi.

Sindy et lui quittèrent la salle pour retourner danser.

A un moment donné, on sentit que tout le monde attendait un évènement. Il arriva en créant une courte agitation.

Des portes ouvertes, surgirent une bande d’adolescents. Certains se mirent en quête de rejoindre quelques adultes, parents ou amis. D’autres formèrent de petits groupes par affinité.

Rapidement la soirée reprit son cours, sans que l’ordre des choses ne soit troublé. Certains de ces jeunes se joignirent aux interlocuteurs des clones, dans la salle des débats.

Ce qui surprit Steff, fut la proximité entre les jeunes et les adultes. Des contacts se nouaient, des personnes se choisissaient sans qu’il apparût de différence entre les générations. Une adolescente dont il n’aurait pu dire l’âge l’aborda. Elle osa même s’enquérir des activités amoureuses du voyageur et l’interrogea au sujet des relations qu’il avait pu nouer.

Steff essaya de deviner les règles qui présidaient au choix des partenaires de danse.

Etait-ce l’absence totale de code, y avait-il selon les airs musicaux des structurations différentes ? Il observait, sans questionner Sindy qui parfois se trouvait éloignée de lui. Non pas que chacun dansa pour soi-même, mais les couples n’étaient pas évidents. Parfois il s’en constituait de personnes du même sexe. Ailleurs de petits groupes s’animaient sans qu’on pût déterminer une relation privilégiée : clones, adultes, masculins ou féminins ? Y avait-il des jeunes clones, et de quel sexe ?

Ayant rejoint Sindy et l’ayant attirée à l’écart de la piste, il la questionna.

Il apprit que les clones n’avaient pas à proprement parler d’organes reproducteurs. Ils conservaient de formidables aptitudes à la volupté mais avaient choisi d’autres modes de reproduction.

Tout comme cela existait sur terre pour la reproduction animale - sous forme de recherche - leurs cellules reproductrices étaient ponctionnées chirurgicalement, mises en gestation dans des viviers artificiels. L’apesanteur leur avait imposé ces techniques.

Tous portaient des ovules, nul ne secrétait de spermatozoïdes. Leur clonage n’avait plus rien d’étrange pour un terrien, mais leur mode de gestation étonna Steff. Outre l’apport d’éléments nutritifs fournis au foetus dans des utérus artificiels ou bassins de couvaison, de multiples interventions éveillaient les aptitudes psychiques à venir. La durée du développement était longue, comparée à celle des humains. L’être en formation passait de bassins en bassins de gestation.

Malgré la très faible pesanteur qui aurait permis une marche rapide hors du milieu nutritif, les jeunes restaient soumis à l’élément liquide plus longtemps. Quand un clone quittait sa dernière « matrice» il savait déjà parler et avait reçu plus de connaissances qu’un adolescent sur terre. En outre son apparence physique ne se modifiait plus guère. Cela expliquait que parmi les clones dansants il était impossible de distinguer des âges différents.

Dans la salle de danse, parmi les hôtes de Steff, on pouvait classer les générations selon des composantes physiques, mais non par des critères de comportements relationnels.

Steff - qui se trouvait confronté à tant d’étrangeté, et qui de toute façon ne brillait pas par l’acuité de son sens critique - ne fut pas surpris de l’irruption d’un jeune homme qui lui demanda, en désignant Sindy :

- Elle t’a retenu pour être ta seule accompagnante ?

Le ton lui parut insolent, mais Steff vit que sa compagne ne se troublait en rien.

 Elle s’enquit du désir du jeune garçon. Leur trio s’enrichit de quelques adolescents, et il fut décidé que Sindy les contacterait pour que son compagnon les rejoigne au centre des adolescents.

Après qu’ils furent retournés chez Sindy et eurent partagé quelques heureux instants, Steff regagna son appartement, ayant les coordonnées de sa prochaine découverte.

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